INTERVIEW : la Marseillaise vue par Gildas Harnois, chef de la Musique des gardiens de la paix

concert de la musique des gardiens de la paix parc du luxambourg pour le 14 juillet

La fête de la Musique est l’occasion de donner la parole au chef d’orchestre de la Musique des gardiens de la paix. En cette année de la Marseillaise, Gildas Harnois la décrypte pour nous et pose son œil (et son oreille !) sur l’hymne national.

Depuis deux ans, Gildas Harnois assure la direction de la Musique des gardiens de la paix de la préfecture de police, composée d’une batterie-fanfare et d’un orchestre d’harmonie (écoutez leur dernier album). Une formation musicale unique qui se produit en France et à l’étranger, et dont tous les musiciens sont doublement lauréats d’un concours de musique et d’un concours de gardien de la paix.

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Qu’évoque pour vous la Marseillaise ?

Pour moi, la Marseillaise, c’est LE symbole républicain. Plus encore pour un musicien, elle porte les valeurs de la République et donc de sa devise (liberté-égalité-fraternité).
Dans cet hymne, je retrouve la notion de liberté au sens républicain du terme et de mon point de vue musical, de l’orgueil.

Dans quel cas particulier, la Musique des gardiens de la paix l’interprète-t-elle ?

Nous l’interprétons naturellement lors des commémorations traditionnelles, en particulier après chaque sonnerie aux morts.
Nous la jouons aussi à l’occasion du 14 Juillet, à l’issue de notre concert traditionnel donné chaque année aux Jardins du Luxembourg.

ceremonie pour l'anniverssaire des 70 de la liberation de paris cours du 19 aout en presence de Mr VALLS premier ministre

Y-a-t-il une pression quand on joue la Marseillaise ?

On ne peut pas parler de pression car nous l’interprétons quasiment au quotidien. En revanche, il y a une tenue et un respect particulier.
Quand on conclut par la Marseillaise un concert comme celui du 14 Juillet, dont le répertoire aborde tous les styles et toutes les esthétiques, c’est un moment de solennité et de respect alors que chacun se met debout.

Votre « Marseillaise » la plus marquante ?

Les « Marseillaise » qui me marquent le plus sont celles interprétées dans le cadre de nos concerts citoyens, auxquels participent des élèves de primaires.
Nous leur proposons un parcours musical historique, de la Révolution à nos jours en évoquant des passages symboliques de l’histoire de France qui ont permis à ce pays de se construire. Nous parlons de la France d’aujourd’hui, des symboles et de la République et à l’issue, comme un aboutissement logique, nous accompagnons les enfants qui chantent, debout, la Marseillaise.
Ils sont fiers et heureux de l’interpréter dans ce contexte, soutenus par un orchestre composé, qui plus est, de musiciens-policiers. Avec eux, j’ai chaque fois l’impression que la Marseillaise se renouvelle d’elle-même, que l’on revit l’hymne, qu’il porte une véritable identité. De cette façon, je réintégre pour moi-même – et pour mes musiciens aussi d’ailleurs – que la Marseillaise n’est pas une musique comme les autres.

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Pouvez-vous la « décrypter » pour nous ?

mgpx_concertJe crois que toute la force de la Marseillaise tient dans ses quatre premières notes, (« allons enfants »), dont le rythme iambique est caractéristique. De plus, l’intervalle ascendant entre la 3e et la 4e note appuie les sentiments d’orgueil, d’envie de liberté, de combat. Pour moi, ils symbolisent la Marseillaise.

On ne peut cependant résumer l’hymne à ces éléments isolés, car c’est aussi un chant dont on peut souligner la qualité musicale. La mélodie, récupérée souvent pour ce qu’elle symbolise, comme l’ont fait Serge Gainsbourg,  Django Reinhardt, ou d’autres, a inspiré diverses interprétations justement  parce qu’elle a un intérêt musical.
Par exemple, la partie « entendez-vous dans les campagnes », est modulante et mouvante ce qui peut donner lieu à des contre-chants ou des harmonisations beaucoup plus subtiles.

Ainsi se succèdent un début tonitruant qui précède une mélodie plus subtile avant un refrain guerrier : cet ensemble révèle un peuple qui a son destin en main. Il symbolise l’esprit de la Révolution et des campagnes qui se sont soulevées, ou encore l’esprit de la Résistance par exemple.

Peut-on se réapproprier la Marseillaise ?

Oui, comme par exemple Django Reinhardt, Serge Gainsbourg ont pu le faire.
Mais ce n’est pas le rôle de la Musique des gardiens de la paix de le faire en tant que musique protocolaire : un arrangement officiel est déposé, la Marseillaise se joue dans une certaine tonalité et dans une orchestration précise. Seul le Président de la République est habilité à modifier les choses sur ces sujets, comme M. Valéry Giscard d’Estaing  qui, lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 1974, a demandé que la Marseillaise soit ralentie.
Pour autant, lorsque nous accompagnons des enfants qui la chantent au cours d’une cérémonie protocolaire ou bien dans le cadre d’un concert pédagogique, nous changeons la tonalité de la Marseillaise de sorte qu’elle soit plus facilement chantable. Elle est en effet un peu trop aigüe pour la tessiture d’une voix «normale».

Vous interprétez les hymnes d’autres nations lors de visites officielles d’homologues étrangers. Comparativement, la Marseillaise se démarque-t-elle musicalement ?

Certains hymnes ont, de mon point de vue, un intérêt musical limité mais celui de l’Allemagne, par exemple, est d’une grande qualité musicale (la musique est inspirée d’une œuvre de Josef Haydn). Je regrette souvent que la musique de certains hymnes des autres continents, soit inspirée de l’écriture occidentale, parce qu’elle ne révèle pas, à mon sens toute l’identité et la culture musicale de tel ou tel peuple. En revanche, il est vrai qu’aux côtés de tous les hymnes nationaux, la Marseillaise se démarque particulièrement.

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La Marseillaise, c’est aussi l’hymne des compétitions sportives et notamment de l’Euro. La Musique des gardiens de la paix l’a-t-elle jouée dans des stades ?

Oui. Auparavant  jusqu’en 2006, la Musique des gardiens de la paix intervenait à l’occasion des matchs des internationaux. Depuis mon arrivée, nous l’avons fait également une fois, lors du premier match du PSG  au Parc des Princes qui a eu lieu après les attentats du 13 novembre dernier.
Pour l’Euro, chaque nation a droit à l’interprétation de son hymne à chaque match mais en l’occurrence les hymnes ne sont pas joués : ils ne sont que diffusés sur bande sonore, au travers d’enregistrements effectués  malheureusement à l’étranger.

Vous souvenez-vous d’un lieu marquant où vous auriez interprété la Marseillaise ?

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L’ Arc de Triomphe où il y a chaque soir à 18h30, depuis le 11 novembre 1923, une cérémonie sur la tombe du soldat inconnu. Nous y participons occasionnellement et y jouons notamment la Marseillaise.  Associée au symbole du ravivage de la flamme, c’est un lieu véritablement marquant.

La cour du 19 août à la préfecture de police, est aussi lieu fort par le symbole que la Marseillaise représente : le premier drapeau français érigé à la Libération l’a été sur la préfecture de police. Quand on y joue la Marseillaise, cela a plus de signification qu’à un autre endroit, à mon sens.

Et également le jardin du Luxembourg qui est particulier car c’est aussi le jardin du Sénat. Nous y jouons la Marseillaise en concert, uniquement au 14 juillet.
Evidemment, nous l’interprétons à la fin puisque c’est la raison-même de la fête nationale. Cela permet de conclure en restant dans un esprit commémoratif et festif.
Nous y attendons le public cette année encore, avec une petite particularité pour 2016 concernant la Marseillaise… mais c’est une surprise que nous réservons aux spectateurs !

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