#ExpoVidocq : rencontre avec le créateur de costumes Pierre-Yves Gayraud

Pierre-Yves Gayraud @DR

Le créateur de costumes Pierre-Yves Gayraud a travaillé pour une soixantaine de longs métrages et séries télévisées en France et à l’étranger. Rompu aux grandes fresques historiques, il a fait fabriquer quelque quatre cents costumes pour L’Empereur de Paris.

 

 

 

Comment le réalisateur Jean-François Richet vous a-t-il approché pour faire les costumes du film ?

Tenue de voyage de la baronne de Giverny/Olga Kurylenko : spencer en velours de soie orange cuivré avec application de dentelle et de galons dorés, jupe en soie rose poudré avec travail de bouillonnés (NDLR : ornements d’étoffes).

Jean-François avait vu quelques films d’époque dont j’avais fait les costumes, et surtout Le Parfum : histoire d’un meurtrier de Tom Tykwer (2006), dont il avait particulièrement aimé l’authenticité des patines (procédé de vieillissement des costumes). Il m’a choisi car il souhaitait apporter le plus de réalisme possible à la reconstitution du Paris du début du 19e siècle. J’ai d’emblée été intéressé par ce projet, d’autant que ces dernières années, j’avais surtout travaillé pour des productions étrangères et que c’était une belle occasion de retravailler en France.

Combien de temps avant le tournage avez-vous commencé à plancher sur les costumes ?

Il y a eu treize semaines de préparation, ce qui n’est pas énorme. Dans un premier
temps j’ai lu le scénario et rassemblé une large documentation.
Pour imaginer les costumes correspondant aux différents décors du film, je me suis nourri des peintures de l’époque. J’ai aussi consulté des conseillers militaires pour les uniformes et des historiens spécialisés pour les costumes du bagne de Toulon. Pour le personnage de Vidocq, des illustrations ont été réalisées pour définir sa silhouette.
Toute cette documentation, accompagnée d’échantillons de tissus et d’une palette de couleurs, a été rassemblée dans un mood board, c’est-à-dire un cahier de styles définissant l’univers vestimentaire du film.

A quoi sert un tel document ?

Silhouette de Vidocq dessinée en tenue civile pour le cahier de style préparatoire. © BEN LIEBERT

Cette « bible » des costumes est ensuite présentée au réalisateur, à la production et aux acteurs. En France, tout le monde a toujours quelque chose à dire sur les costumes !

Dans le cas de L’Empereur de Paris, j’avais défendu assez tôt auprès de la production ma volonté de fabriquer (et non de louer) à la fois les costumes des différents rôles mais aussi ceux des figurants représentant le peuple.

En effet, cette période du début du 19e siècle, 1805-1810 pour être précis, sous le Premier Empire, a été peu évoquée au cinéma et il existait donc peu de stocks en location. Au total, environ 400 costumes ont dû été fabriqués pour le film.

 

Pour imaginer les costumes correspondant aux différents décors du film, je me suis nourri des peintures de l’époque.
J’ai aussi consulté des conseillers militaires pour les uniformes et des historiens spécialisés pour les costumes du bagne de Toulon.

Quel était votre rôle en tant que créateur de costumes ?

Costume de ville de Vidocq/ Vincent Cassel : redingote avec pèlerine en drap bleu, gilet en velours imprimé au block print, culotte de drap bleu ancre, lavallière en coton, chemise en lin.

J’ai fait réaliser la plupart des prototypes et supervisé les autres.
Avec l’aval du réalisateur, j’ai ensuite lancé la fabrication des costumes. Une partie d’entre eux – ceux des principaux rôles comme Vidocq/Vincent Cassel, Henry/Patrick Chesnais, Annette/Freya Mavor, La baronne/Olga Kurylenko, Fouché/Fabrice Luchini, etc. – ainsi que les robes de jour et les robes de cour pour la scène de la remise de la Légion d’honneur au personnage d’Henry joué par Patrick Chesnais, ont été fabriqués dans notre atelier volant spécialement monté pour le film à Paris.
En comptant les chefs d’atelier et les personnes chargées de teindre, d’accessoiriser ou de patiner les vêtements, nous étions une trentaine en tout.

Vous êtes-vous appuyé sur d’autres partenaires ?

Oui, pour la fabrication des autres costumes (bagnards, figurants des bandes rivales dont celle du personnage joué par August Diehl et cascadeurs), nous avons travaillé quotidiennement avec un atelier en Roumanie, l’un des seuls pays à posséder encore le savoir-faire nécessaire pour tout faire à la main. J’ai contrôlé une à une toutes les pièces exécutées sur place.

Où vous êtes-vous procuré les tissus pour ces costumes d’époque ?

Ils ont été soit achetés, soit reconstitués, parfois tissés et brodés. Nous en avons fait imprimer une partie en Inde où existent encore des block print, c’est-à-dire des tampons en bois qu’on charge de peinture et qu’on applique sur le tissu, comme ceux utilisés au 18e siècle pour fabriquer les toiles de Jouy. Nous avons aussi commandé des broderies en France, notamment pour l’uniforme de Fouché, interprété par Fabrice Luchini.

Pour vous ce film a-t-il représenté un défi ?

Costume de bagnard de Vidocq/ Vincent Cassel : gilet et coiffe en drap de laine, matricule en métal, pantalons et chemise en lin.

Oui, l’enjeu était de présenter des vêtements vraiment contemporains des lieux historiques prestigieuxdans lesquels nous tournions, comme la galerie François 1er du château de Fontainebleau.
C’est pourquoi j’ai tenu à pouvoir faire réaliser les vêtements les plus authentiques possibles, plutôt que de puiser chez des loueurs des vêtements trop marqués par certaines époques et pouvant paraître faux ou décalés dans nos décors.

Y a-t-il eu des costumes particulièrement difficiles à faire ?

Il est toujours délicat de concevoir ceux d’une icône comme Vidocq car ils doivent véritablement marquer sa signature.
La difficulté était de concilier la référence historique du personnage avec les caractéristiques physiques de l’acteur, tout en apportant quelque chose de nouveau par rapport à ses différentes représentations au cinéma.
Pour L’Empereur de Paris, j’ai dû concilier la volonté de la production de faire de Vidocq un super-héros et celle de Jean-François Richet de rester réaliste et
authentique.
Le manteau de type macfarlane que porte Vidocq au civil, une pèlerine jetée sur ses épaules, évoque un super-héros et est un bon compromis entre ces différents points de vue.

Pour L’Empereur de Paris, j’ai dû concilier la volonté de la production de faire de Vidocq un super-héros et celle de Jean-François Richet de rester réaliste et authentique.

Vidocq change-t-il souvent d’apparence dans L’Empereur de Paris?

Pas tellement, et c’est d’ailleurs l’une des difficultés pour un costumier. Dans le film il n’a pas ce côté Arsène Lupin avec ses déguisements, Jean-François Richet voulant écarter le côté mythique du personnage.
Vidocq garde donc chacun de ses looks assez longtemps, tour à tour bagnard, drapier, puis en costume civil jusqu’à une tenue plus officielle pour la scène de la Légion d’honneur : toute erreur dans les costumes aurait été très visible !

Au final, comment avez-vous vécu L’Empereur de Paris en tant que créateur de costumes et qu’espérez-vous de l’effet visuel de vos créations sur les spectateurs ?

J’ai apprécié que la production du film se donne les moyens d’obtenir cette « patte » personnelle pour les costumes, qui ont non pas été loués mais fabriqués sur mesure, avec l’atelier et les compétences adéquats et des artisans de qualité que j’ai pu librement choisir. L’enthousiasme des producteurs et le côté très investi du réalisateur ont fait de ce film une expérience très agréable. Notre but était de plonger littéralement les spectateurs dans ce Paris du début du 19e siècle.

Costume de sénateur de Fouché/Fabrice Luchini : drap bleu brodé or, orné d’une baguette et d’une palme brodées, culotte brodée à la jarretière.

Tenue de sortie de style Empire de la baronne de Giverny/Olga Kurylenko : soie vert changeant, broderies, dentelles authentiques du 19e siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A DECOUVRIR

A l’occasion de la sortie du film « L’Empereur de Paris », la préfecture de Police organise, en partenariat avec la société Gaumont, une exposition intitulée « Vidocq, entre mythe et réalité » du 3 au 23 décembre 2018, où sont présentés au public plusieurs costumes du film !

Et retrouvez cette interview et bien d’autres dans Liaisons, le magazine de la préfecture de Police  !

 

 

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