INTERVIEW : Patrick, démineur spécialiste des feux d’artifice à la Préfecture de police

En quoi consiste votre spécialité à la préfecture de Police ?

Je suis un démineur qui a choisi de se spécialiser dans la sécurité des spectacles pyrotechniques en extérieur comme en intérieur (feux d’artifice ou effet de flammes dans les salles de concert, théâtres ou discothèques par exemple). Mes « commanditaires » sont aussi bien des sociétés évènementielles que des mairies.

Quel est votre rôle et quelles sont vos missions au sein de la préfecture de Police ?

Mon métier de base étant celui de démineur, j’interviens comme mes collègues en cas de colis suspects, d’alerte à la bombe, de découverte de munitions de la dernière guerre à neutraliser ou à enlever ou encore pour les visites de sécurité préalables aux déplacements de personnalités. Le reste du temps, je me consacre à ma spécialité, la pyrotechnie. Pour chaque demande d’autorisation pour des spectacles pyrotechniques, je dois rendre un avis technique assorti de prescriptions de sécurité. Selon les cas, la saisine provient du Cabinet du préfet de Police (pour les spectacles extérieurs), de la direction des transports et de la protection du public (pour ceux prévus en intérieur) ou encore des préfectures des départements de petite couronne.

Comment procédez-vous ?

J’effectue toute une série de vérifications sur place : superficie des locaux, hauteur des projections, nuisances sonores éventuelles, etc. Je me base à la fois sur la réglementation et les fiches techniques que les fabricants fournissent avec les produits de feux d’artifice. Parmi mes prescriptions, je peux par exemple interdire des produits trop bruyants pouvant gêner les voisins, projetés à une trop grande hauteur s’ils sont tirés depuis une cour d’immeuble ou ne respectant pas les distances de sécurité. Mes recommandations sont ensuite notifiées au demandeur sous la forme d’un arrêté du préfet de Police.

A quel rythme travaillez-vous ?

En sachant que mes interventions sur des colis suspects restent prioritaires, je me déplace en moyenne un jour sur deux sur toute l’agglomération parisienne pour ma spécialité en pyrotechnie (75, 92, 93 et 94). Je dois en effet traiter 250 dossiers par an en moyenne. Autant vous dire que je suis rarement au bureau !

Comment devient-on spécialiste des feux d’artifice à la préfecture de Police ?

J’ai réussi le concours interne de démineur de la préfecture de Police et suivi des formations complémentaires sur les munitions et techniques de déminage dans les services de l’armée. Puis, j’ai obtenu le diplôme « C4-T2 » d’artificier de divertissement après une formation d’une semaine dans une société de spectacles pyrotechniques agréée par le ministère de l’Intérieur.

Quel est votre rôle dans le cadre du feu d’artifice du 14 juillet à Paris ?

Pour cet événement très attendu et très festif, il n’y pas de contrainte en termes d’altitude ni de niveau sonore. En revanche, il faut veiller scrupuleusement au respect des distances de sécurité entre les lieux de tir, le public et les bâtiments. Pour ce dossier, dont j’ai remis les conclusions début juillet au préfet de Police, j’ai imposé la constitution d’une zone de sécurité de 200 mètres autour des différents sites de tir. Pour un début de spectacle prévu à 23h, le public devra être évacué de cette zone à partir de 14h, et tout produit inflammable devra en être écarté. Les rues adjacentes seront également  interdites à la circulation. Quant aux bateaux-mouches du Pont d’Iéna, ils devront déplacer leur embarcadère et, pendant le feu d’artifice, s’arrêter à plusieurs centaines de mètres de part et d’autre du pont. J’ai également prescrit l’interdiction d’accès aux lieux proches des zones de montage, dès le 8 juillet, de manière à permettre l’installation progressive des structures pour le feu d’artifice.

Et le jour-dit, que faites-vous ?

Ce jour là, je m’assure sur place du respect des zones de sécurité. C’est aussi à moi de déterminer le moment où l’on peut commencer à positionner les produits du feu d’artifice en toute sécurité sur les différents sites. A la fin du spectacle, je vérifie que les éléments de pyrotechnie sont bien neutralisés et que les zones de sécurité ont bien été débarrassées des matières dangereuses et des résidus de tirs. Je peux alors donner l’ordre de la reprise de la circulation et de la navigation.

Vérification du positionnement des tubes lanceurs de bombes d'artifice sur une remorque avant leur installation sur le site.

Vérification du positionnement des tubes lanceurs de bombes d’artifice sur une remorque avant leur installation sur le site.