DECRYPTAGE : le fauconnier de Roland-Garros habilité par la préfecture de police

Le saviez-vous : des rapaces interviennent depuis 6 ans sur le tournoi de Roland-Garros pour effaroucher les pigeons perturbateurs !

Chaque année, l’habilitation du fauconnier qui les élève est délivrée par la direction départementale de la protection des populations de Paris (DDPP) rattachée à la direction des transports et de la protection du public (DTPP) de la préfecture de police.

En effet, outre le respect de la réglementation de la faune sauvage (relative au code de l’environnement), cette intervention nécessite l’application de la règlementation sanitaire.

Après délivrance du certificat de déplacement par le département d’origine, le département d’accueil, par le biais de la DDPP, donne ainsi son accord préalable pour valider ce laisser-passer, permettant au fauconnier de faire voler ses rapaces en toute conformité sur le stade de Roland-Garros.

Rencontre avec le fauconnier de Roland-Garros

(entretiens accordés en juin 2016)

Fauconnier depuis 35 ans, implanté dans les Pyrénées dans son entreprise familiale (la fauconnerie Merlyn), Ludwig Verschatse se déplace depuis 5 ans jusqu’à Paris avec ses animaux pour contribuer au bon déroulement de Roland-Garros.
Cette année, ce sont 3 buses (1 mâle Chuck, 2 femelles Easy et Tara) et 2 faucons (un pèlerin, Nobel, et un gerfaut, Apollo) qui l’accompagnent.

Pourquoi intervenir sur Roland-Garros ?

Il y a 5 ans, Roland-Garros a fait appel à nos services. A l’époque, le site était envahi de pigeons : 250 sur 9 hectares ! Depuis, nous avons réussi à sortir les bizets (pigeons de ville) du site mais il reste une cinquantaine de ramiers (pigeons de bois, plus gros) qui revient s’installer ici.
Ce sont eux qui perturbent les joueurs dans leur jeu mais aussi qui salissent les tribunes, les gradins, les allées et créent des risques sanitaires. Il semblait donc nécessaire de prendre des mesures puisque ces animaux peuvent être porteurs de maladies transmissibles à l’homme.

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En quoi consiste concrètement votre intervention sur Roland-Garros ?

Notre intervention se divise en deux temps.
Une semaine avant le début des qualifications du tournoi, nous laissons évoluer nos rapaces (des buses de Harris et des faucons) en liberté sur le site pour faire fuir les pigeons. L’objectif est bien l’effarouchement : nous ne sommes pas là pour les tuer !
Nous faisons en sorte que les pigeons se déplacent et ici, il y a justement la possibilité d’aller dans les bois environnants, là où la nature peut prendre soin d’eux.
Pour la 2e période, nous sommes limités pour des raisons de sécurité puisque le public est présent.

Comment cela se passe-t-il durant le tournoi ?

Nous intervenons tôt le matin dès qu’il y a assez de luminosité jusqu’à 8h environ et nous laissons évoluer des buses. Ensuite, les pigeons quittent le site, en raison de la foule qui les perturbe (il y a près de 35 000 personnes chaque jour), et se dirigent vers la ville.
En fin d’après-midi, lorsque les pigeons regagnent le bois, pour éviter leur survol, nous laissons évoluer des faucons.
Il faut être vigilant car, si le faucon vole normalement en-dessous des pigeons, il reste un prédateur. Le faucon est très solitaire donc il faut avoir un bon rapport avec lui pour éviter qu’il ne s’éloigne trop loin ou ne monte trop haut.

Pourquoi utiliser à la fois des buses et des faucons ? Jouent-ils un rôle différent ?

La buse est un oiseau de bas vol. Elle n’est pas le prédateur naturel des pigeons, son rôle est de créer un air d’insécurité : à sa vue, le pigeon quitte le site.
Le faucon est un oiseau de haut vol : il survole le site à une certaine hauteur pour éviter que le millier de pigeons venant le soir de la ville pour se poser dans le bois, ne descende sur Roland-Garros attirés par les restes d’une journée de restauration. C’est pour cela que le travail s’établit en complicité avec l’équipe de nettoyage, ce qui est nécessaire.
Il faut comprendre que le pigeon est attiré par la nourriture et en fin de journée sur le site on est en pleine restauration.

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Justement, comment préparez-vous vos rapaces à ce type de mission ?

Tous les rapaces ont plusieurs années d’expérience puisqu’ils débutent les entrainements à l’âge de 10 semaines (taille adulte) jusqu’à ce qu’ils aient 10-12 ans.
Ils sont équipés d’un émetteur donc on sait toujours où ils sont et ils nous ont toujours en vue. C’est un entrainement spécifique et régulier, je le rappelle par des signaux : j’adopte une posture en croix (bras écartés), je laisse tourner mon gant (ce qui signifie qu’il doit s’approcher), je tourne le leurre pour le laisser descendre. Comme pour un autre animal, il y a un dressage.

Quelles sont leurs conditions de détention durant toute la durée du tournoi ?

NDLR : pour obtenir l’accord de la DDPP, il est notamment nécessaire que deux informations soient portées à sa connaissance :
– qu’un vétérinaire soit référent sur place pour intervenir si besoin durant la durée du séjour en cas de développement d’une pathologie particulière par exemple.
– que les lieux de détention (sur Roland-Garros mais également le véhicule abritant les oiseaux lorsqu’ils ne sont pas en vol) puissent être précisés

On a créé avec la Fédération Française de Tennis une aire de repos pour les rapaces en respectant l’hygiène, la sécurité, le bien-être de l’animal. La nuit, ils sont dans un camion équipé.
On ne se déplace jamais avec un oiseau qui ne soit pas en bonne condition. Ils sont entrainés aussi pour : il faut qu’ils réagissent bien et que le rappel se fasse à 100% (NDLR : que les animaux reviennent près du fauconnier quand celui-ci le leur demande).

Avez-vous une pression supplémentaire à l’approche de la finale ?

Le jour de la finale, à la fin de mon intervention du matin, il faut qu’il n’y ait plus aucun pigeon ici.
Si une balle de tennis se trouve sur le passage d’un pigeon, je le prends sur moi, c’est ma faute. Quand on joue la finale ici, c’est ma finale aussi !

L’œil de Roland-Garros

Au travers de Rémy Azemar, Fédération Française de Tennis (FFT), directeur adjoint du département organisation du Jeu, qui encadre le fauconnier dans le cadre du tournoi.

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« Les joueurs savent qu’il y a un fauconnier »

« Depuis une petite dizaine d’années, nous étions victimes de nombreux pigeons dans le cadre du tournoi. Ils se mettaient à voler lors des matches ce qui perturbait le jeu, provoquant des interruptions de points et l’un d’entre eux avait même été percuté par une balle sur le court numéro 1.

Nous avons pris la décision de faire appel à un fauconnier, chose qui se faisait depuis quelques années à Wimbledon.
Et en l’espace de 5 ans, nous avons constaté une vraie différence. Les zones exposées à la restauration sont également épargnées durant la journée. L’intervention du fauconnier nous permet de nous séparer des pigeons durant 3 semaines : c’est un petit break.
En cours d’année, le stade reste agréable à vivre pour les volatiles mais nous nous  demandons si, pour l’hiver prochain, nous ne ferons pas également venir le fauconnier pour préparer le tournoi. »