Interview croisée : Charles Diaz et Claude Cancès, ou quand le 36 se livre

DiazCharles fax Poulidor RTL2 NIORTDans le cadre du festival du Quartier du livre, la préfecture de police organise une série d’animations au musée de la préfecture de police. Parmi celles-ci, une conférence, vendredi 27 mai à 18h30 sur « Le 36, mythes et réalités d’une maison centenaire », avec Charles Diaz et Claude Cancès, spécialistes du sujet.

Rencontre avec Charles Diaz, contrôleur général de la police nationale et Claude Cancès, ancien inspecteur général de la police nationale et ancien directeur du 36, auteurs de Histoire du 36 quai des Orfèvres illustrée (éditions Jacob-Duvernet).

Préf Police le blog : La conférence de vendredi fera (presque !) toute la lumière sur « le 36 » et les mythes qui l’entourent. Y en a-t-il un qui vous marque tout particulièrement ?

Claude Cancès : C’est incontestablement Maigret, qui m’étonne, m’amuse et me marque à la fois. Ce patron de la Crim’ « n’avait pas une haute idée des hommes et de leurs possibilités mais continuait à croire en l’homme ».
Charles Diaz : Il y en a des tas ! Des anecdotes, des évènements, des choses parfois invraisemblables que même un auteur de fiction n’oserait pas inventer. Comme par exemple que l’ancêtre de la PJ parisienne, la police de sûreté, a été créée en 1811 non pas par un policier ou par un préfet, mais par un forçat en cavale, François-Eugène Vidocq.

PPLB :  Pour vous, qu’est-ce que « le 36 » ?

CC : Une usine, mieux une « maison » qui tourne 24 heures sur 24. Comme des générations de flic, je suis tombé le 2 mai 1963, par hasard et par nécessité dans le chaudron du 36 et n’en suis jamais ressorti.
CD : A la fois l’adresse de Maigret et des romans de Simenon que j’ai découverts étant adolescent et un lieu chargé d’histoire(s) et de traditions où je me suis senti tout petit quand j’ai franchi son porche et suis venu prendre mon premier poste d’inspecteur à la « PP PJ » en juin 1979.

PPLB : Le siège de la police judiciaire parisienne va bientôt déménager. Alors « le 36 » restera-t-il « le 36 »?

CC : Oui car ce sont les hommes qui fabriquent la mémoire des pierres, pas le contraire.

CD : Rien ne va s’arrêter, s’achever pour les professionnels de la PJ avec ce déménagement. Sûr que le « nouveau 36 » aura bien vite de nouvelles pages à ses annales. Comme nous, le crime ne chôme jamais.

PPLB : « Le 36 » est le sujet de nombreux ouvrages policiers. Pouvez-vous en citer un qui vous semble le plus en phase avec la réalité et que vous pourriez conseiller au public ?

CC : Les mémoires du commissaire Marcel GUILLAUME.

CD : Un livre plutôt récent, Sang d’encre que l’on doit à Hervé Jourdain, un officier de police du 36. Ce solide et tonique polar est une vraie réussite. Des personnages attachants autour du commandant Duhamel, une histoire bien sordide comme en traite la brigade criminelle, et le 36, superbement raconté…

PPLB : En tant que policier, avez-vous un polar préféré et pourquoi ?

CC : Oui, La première enquête de Maigret de Georges Simenon. Parce que l’enquête se déroule dans le quartier de Pigalle où j’ai fait mes premières armes, comme de nombreux collègues. A la fin du roman, Maigret quitte le commissariat de la rue Ballu pour se retrouver au 36 à la Crim. Plusieurs générations de flics ont suivi ce parcours.

CD : Plutôt qu’un polar, le récit exceptionnel d’une histoire vraie, le meurtre de toute une famille par deux paumés dans l’Amérique profonde, racontée par Truman Capote dans son livre De sang froid. Tout y est ou presque de ce qui fait la force et l’horreur du fait divers criminel.

PPLB : Que pouvez-vous dire au public pour l’engager à venir vous rencontrer vendredi au festival du Quartier du livre ?

CC : J’ai vécu une très belle aventure durant trente cinq ans au 36. Comme tous mes collègues, j’ai passé ma vie à poser des questions et à m’en poser : le crime, pourquoi, comment ? Où passe la frontière entre le bien et le mal, l’ordre et le désordre, l’acte légal et l’illégalité, la folie et la raison? Depuis la sortie de L’Histoire du 36 Quai des Orfèvres, je vis une deuxième aventure fabuleuse. Je parcours l’hexagone, parfois accompagné de mon complice et ami Charles Diaz. Je me livre à cet exercice inédit pour un flic, parfois périlleux, mais toujours exaltant, de répondre aux questions de mes lecteurs.
affiche QdL 2016CD : Claude et moi aimons raconter l’Histoire et les histoires, faire revivre des enquêtes passionnantes et les coulisses d’un métier, d’un travail d’équipe, aux multiples facettes, de la police scientifique aux surveillances et filatures, des constatations aux interrogatoires. On est tous les deux partageurs. Du passé de la maison 36 et de notre propre passé. Sans langue de bois.