INTERVIEW : le réalisateur de Golem, le tueur de Londres

Récompensé par le prix spécial police au dernier festival du film policier de Beaune, Golem, le tueur de Londres sort enfin sur les écrans *! Son réalisateur, Juan Carlos Medina, revient pour nous sur ce film entre thriller et épouvante !

En avril dernier, Beaune accueillait le 9e festival du film policier qui célèbre chaque année le meilleur du polar au cinéma.

Pour cette édition, le jury du prix spécial police**, composé notamment de Marie-Françoise Moneger-Guyomarch (cheffe de l’inspection générale de la police nationale), et du chef de la BRI de la préfecture de Police, a récompensé le film Golem, le tueur de Londres et son intrigue placée dans l’Angleterre du XIXe siècle.

        Londres, 1880.
Une série de meurtres secoue le quartier malfamé de Limehouse. Selon la rumeur, ces crimes ne peuvent avoir été perpétrés que par le Golem, une créature de légendes issues d’Europe centrale. Scotland Yard envoie Kildare (Bill Nighy), l’un de ses meilleurs détectives, pour tenter de résoudre l’affaire.

 

 

Pour son deuxième long-métrage, Juan Carlos Medina a choisi Jane Goldman (scénariste notamment de X-Men : le commencement et de Kingsman) pour adapter le roman best-seller de Peter Ackroyd (« Le golem de Londres »).
Il s’entoure de Bill Nighy (Love Actually, Pirate des Caraïbes) et de Olivia Cooke (qui tiendra le rôle titre de Ready Player One, prochain film de science-fiction de Steven Spielberg, sortie mars 2018) pour mener cette intrigue policière.

 

    

Interview de Juan Carlos Medina

PPBL : Pourquoi adapter ce best-seller de Peter Ackroyd ?

Juan Carlos Medina : J’étais depuis longtemps fan de Peter Ackroyd, ayant lu plusieurs de ses romans mais aussi ses livres de non-fiction comme « London : the Biography ». J’ai toujours été sensible à l’extraordinaire acuité avec laquelle il nous plonge non pas juste dans les éléments circonstanciels ou factuels d’une époque mais bien dans son atmosphère morale, dans ses rêves, cauchemars et passions, ce qui finalement permet de faire ressortir le côté éternel de la condition humaine, cela permet de raconter une histoire qui se passe au XIXe siècle mais qui finalement illumine ce que nous sommes aujourd’hui.

PPBL : Comment s’est opéré le travail pour créer l’ambiance du film, notamment le Londres du XIXe siècle ?

 

« J’ai engagé un chef décorateur dont j’admirais le travail, Grant Montgomery, qui a signé la superbe série « Peaky Blinders », et on s’est très bien entendus. »

C’est un homme d’une grande culture, et pour l’inspirer et lui montrer ce que je désirais créer comme univers visuel, j’ai partagé avec lui des œuvres d’artistes de l’époque tels que John A Grimshaw, Blake, John Martin, Gustave Doré, et les superbes gravures de Piranesi « Les prisons imaginaires » qui avaient tant inspiré les rêveries d’Opium de Thomas de Quincey. Tout cela pour créer un univers visuel cauchemardesque, une vision de Londres teintée par la subjectivité psychotique du Golem. Ensuite, j’ai travaillé avec l’extraordinaire chef opérateur anglais Simon Dennis.

PPBL : Quelle est l’image du policier véhiculée dans le film et quelle y est la place de l’intrigue policière ?

 

JCM : A l’époque où se déroule l’action, Scotland Yard était une création relativement récente. Il n’y avait aucune méthode criminelle permettant de résoudre des affaires complexes, et donc un tueur en série aussi sophistiqué que le Golem, ou Jack L’éventreur, ne pouvait que leur échapper. La police à l’époque victorienne était davantage une force servant à conserver l’ordre social et à mater les révoltes d’ouvriers. Conserver l’étanchéité des quartiers qui abritaient les différentes couches sociales était leur mission non avouée, contrairement aux policiers d’aujourd’hui, dont la mission est d’élucider des affaires criminelles. Donc le film cherche, je pense, à être fidèle à une certaine vérité de l’époque : le personnage de Kildare représente davantage un policier moderne, dont la mission personnelle est de rechercher la vérité et de servir la justice. Malheureusement, c’est ce qui en fait un paria dans cet univers victorien où la plupart des policiers servaient finalement la politique et l’ordre établi et non la justice. Le progrès des institutions va de pair avec celui de la société, et on ne peut que se réjouir d’avoir parcouru beaucoup de chemin dans le bon sens depuis ces époques.

PPLB : Quel effet cela fait-il de voir son film récompensé… par des policiers ?

JCM : J’en suis très fier. Cela veut dire que j’ai réussi à atteindre une certaine authenticité dans le récit et la reconstitution historique. Je suis très content que les pros y aient vu une représentation fidèle de ce qu’a pu être la police à une certaine époque et dans une certaine société.
Je suis un fan de films policiers et de séries policières, et c’est toujours les plus réalistes qui me satisfont le plus, ainsi que la série « The wire », ou « Engrenages » en France. Aussi sur les tueurs en série je suis un fan absolu de « Seven » et la série de David Fincher « Mindhunter », fascinante sur la création des méthodologies pour traquer ces criminels.

PPLB : Film policier ou d’épouvante, à quoi les spectateurs doivent-ils s’attendre ?

 

JCM : Mon but était justement de mélanger ces deux genres donc j’espère avoir réussi sur les deux tableaux !

 

Ce qu’en pense le jury

Extrait du discours de la Présidente du jury, Danielle Thiery, commissaire divisionnaire, lors de l’annonce du prix spécial Police du dernier festival de Beaune :

« Ce film nous a éblouis par la qualité du travail réalisé, la précision presque pointilleuse, le souci du détail tant dans la mise en scène que dans la réalisation des costumes et l’ambiance.

 

Ainsi, un membre de notre jury, historien passionné, nous a fait remarquer que les boutons des vareuses des policiers changeaient selon qu’on était le jour ou la nuit (…).
Un vrai travail d’enquête, minutieuse, obstinée, par des flics sans moyens mais qui tutoient déjà à leur manière la police scientifique et technique et jusqu’à l’approche du ressort psychologique du tueur que notre psy, ici présent, a jugé des plus réalistes et digne d’un analyste criminel. »

 

* Disponible en VOD, DVD, Blu-ray

** Le jury spécial Police est composé de policiers de tous horizons. Lors du dernier festival, le jury était composé de Danièle Thierry (commissaire divisionnaire honoraire et auteur de romans policiers, également présidente du jury), Florent Gathérias (responsable de l’unité d’analyse comportementale psychocriminologique), Christophe Molmy (chef de la BRI de Paris), Marie-Françoise Moneger-Guyomarch (cheffe de l’inspection générale de la police nationale) et Christophe Sellie (chef de la Police de sûreté de Lausanne).

 

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