INTERVIEW : Hervé Jourdain, un auteur fleuve

Rencontre avec Hervé Jourdain, ancien capitaine de police à la brigade criminelle de Paris, auteur de Sang d’encre au 36 (Prix des lecteurs du Grand Prix VSD du polar, 2009), Psychose au 36 (2011) et du Sang de la trahison (Prix du Quai des Orfèvres, 2014).
Il officie désormais comme analyste au sein d’un service spécialisé et vient de publier un nouveau roman policier : Femme sur écoute.

Ce quatrième roman marque un tournant dans l’histoire du « 36 ». Pour la première fois, l’action se déroule à la nouvelle adresse de la police judiciaire, au 36 rue du Bastion, pourquoi ce choix ?

Dans mes romans, j’ai à cœur de coller à la réalité. Tout au moins en termes de décors et  d’atmosphère. L’année 2017 voit le déménagement de « la maison du crime » d’un quartier historique et touristique de la capitale, pour un arrondissement périphérique. Je me suis dit que c’était là l’occasion d’évoquer les chamboulements personnels de certains enquêteurs, peu accoutumés aux pertes de repères.

Par ailleurs, le « 36 » est le site le plus décrit et filmé par les auteurs et scénaristes. Non pas parce qu’il se situe dans un quartier historique, mais parce qu’il draine les affaires les plus sordides, les plus complexes, les plus médiatiques. Nul doute que les professionnels de l’écriture vont très vite prendre la mesure de la nouvelle adresse. En tant que policier-écrivain, je souhaitais être le premier à faire vivre une enquête au « Bastion » (ndlr : 36 rue du Bastion, nouvelle adresse pour la DRPJ).

Comment avez-vous imaginé l’atmosphère dans ces nouveaux locaux qui ne seront habités en réalité que dans quelques mois ?

Pour le décor, j’ai opéré comme un enquêteur. Je me suis rendu sur place pendant les travaux. J’ai visité le site Internet du cabinet d’architecture, travaillé sur la maquette du futur bâtiment, ai suivi à distance les débats au conseil municipal de Paris, j’ai pris contact avec un commissaire de police associé à l’agencement des bureaux. Pour l’atmosphère, je me suis inspiré des univers policiers un peu plus aseptisés tel que ceux du monde du renseignement où les rapports sont un peu plus cloisonnés qu’en PJ.  

La brigade criminelle reste au cœur de ce nouveau roman, elle reste une éternelle source d’inspiration pour vous…

C’est une « maison » que je connais bien pour y avoir travaillé près de dix ans. C’est surtout un service qui s’adapte en permanence, en capacité de mettre une centaine de personnes dans un temps très court sur n’importe quel type d’affaire. C’est surtout une famille qui possède ses codes, son vocabulaire, qui honore la mémoire de ceux qui sont morts en service. C’est une belle mécanique, composée d’anciens et de jeunes, de beaucoup d’hommes et de quelques femmes, qui ont un but commun : rétablir l’ordre, c’est-à-dire mettre hors d’état de nuire un ou des individus qui ont causé une situation de désordre en tuant.

Sans dévoiler l’intrigue, quel est le « pitch » et quel est l’univers de cette histoire ?

L’intrigue est double. D’une part, la Crim’, nouvellement installée rue du Bastion, cherche à comprendre pourquoi toutes les affaires qu’elle traite fuitent dans la presse ; d’autre part, le lecteur suit la descente aux enfers de Manon, strip-teaseuse dans les quartiers chics de la capitale, qui cache à sa sœur sa véritable profession. Pourquoi et par qui l’enfant qu’elle a eu avec un voyou incarcéré pour un braquage est-il enlevé ? Le titre du roman fournit peut-être un début de réponse.

Dans quelques jours le salon du livre va ouvrir ses portes. Aimez-vous aller à la rencontre de vos lecteurs ?

Bien sûr. C’est l’occasion de présenter son travail à des lecteurs qui ne vous connaissent pas, ou de rencontrer des fans qui ont tout lu de vous et qui n’hésitent pas à donner leurs sentiments et leurs préférences. Ce sont parfois de longues conversations au cours desquelles beaucoup de questions sont posées, que ce soit sur le style, la construction des personnages, les univers développés, le monde éditorial. Je suis d’ores et déjà invité dans de nombreuses villes et débuterai par les Quais du polar à Lyon, début avril, où je présiderai le concours de nouvelles.   

 

Femme sur écoute

Sortie le 13 avril
Broché : 528 pages
Editeur : Fleuve éditions

 

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